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lundi 7 avril 2014

LA GRANDE GUERRE

 
Publié en avril 2014 par les éditions Futuropolis dans un format cartonné à l'italienne en noir et blanc, La grande guerre de Joe Sacco est un ouvrage particulier. Sachez que l'on doit à l'auteur les excellents albums Reportages ou encore Jours de destruction, jours de révolte....
Revenons à l'ouvrage. Il est particulier car il est très travaillé du point de vue de l'esthétique. Emballé dans un coffret, l'album se trouve être une fresque. 
Vous déroulerez celle-ci à la manière d'un accordéon et cela précautionneusement, bien qu'elle soit plus solide qu'elle en a l'air. Vous avez là une bd sans textes que vous pourrez regarder de gauche à droite une fois étalée sur une longue table. 
La bande dessinée est accompagnée d'un petit ouvrage écrit à la fois en allemand et en français (le sigle de la chaîne de télévision arte sur la pochette de l'album n'est pas anodin). Le dit petit ouvrage contient une préface de Joe Sacco, l'histoire de la journée du 1er juillet 1916 par Von Adam Hochschild (très instructif, très complet) et les explications de cette journée via les nombreux détails placés dans la fresque.
Si vous apprenez l'allemand au lycée, c'est idéal. 
Si vous aimez l'histoire avec un grand H, c'est idéal également. 
Si vous êtes fan de Sacco, c'est incontournable !
Le sujet n'intéressera pas forcément tout le monde, néanmoins,  les raisons d'acheter cet album ne manquent pas.

Quelques photos : 
 

jeudi 1 novembre 2012

JOURS DE DESTRUCTION, JOURS DE REVOLTE

Publié en novembre 2012 par les éditions Futuropolis dans un format cartonné en noir et blanc, ce comic book de plus de 300 pages contient textes, illustrations et bande dessinées, le tout scinder en cinq chapitres :
- Le temps des spoliations,
- Jour de siège,
- Le temps de la destruction,
- Le temps de l'esclavage,
- Jours de révolte.

Les auteurs oeuvrant ici sont Chris Hedges (L'empire de l'illusion) et Joe sacco (Le jour où... , Reportages, Gaza 1956). Engagés et réalistes, ils nous parlent d'abord de l'histoire de leur pays mais, attention, cette BD nous parle d'une Amérique qui n'est pas celle que visitent les touristes ! 


Hedges et Sacco décrivent avec justesse, grace à des témoignages, des livres et des enquêtes, le génocide des Amérindiens et leur calvaire actuel. Sans racines, vaincus, on y apprend (ou redécouvre) que dans les réserves indiennes, il existe énormément d'alcooliques. L'alcool amène son lot de violences et de déchéances. Les auteurs comparent l'ancien mode de vie des Indiens et celui des colons basé sur un capitalisme toujours plus poussé vers le profit et la déshumanisation, un capitalisme qui pousse toujours vers plus de consommation et cela dans "un monde finit"... 
 

Traduction : Sidonie Van Dries (bd) et Stéphane Dacheville (texte)
 

Bonus : L'ouvrage contient une préface de Chris Edges, une page sur les divers constats officiels concernant l'Amérique, des pages contenant des citations et des poèmes, des pages de notes, un texte de plusieurs pages de remerciements et une bibliographie.
 

Les (nombreuses) phrases et passages qui ne devraient pas vous laisser indifférent :
"Etrangement, cette idée fixe qu'ils ont de posséder et de labourer la terre est un mal qui les ronge de l'intérieur, a dit Sitting Bull. Ces gens ont établit des règles que les riches peuvent enfreindre, mais pas les pauvres. Dans leur religion, les pauvres vénèrent Dieu, mais pas les riches ! Ils prélèvent la dîme sur les miséreux et les faibles pour subvenir aux besoins des riches et de ceux qui gouvernent. Ils soutiennent que notre mère à tous, la Terre, leur appartient exclusivement, mais ils édifient partout des clôtures et la défigurent avec leurs bâtiments et leurs détritus."
 

"Les coups portés à culture amérindienne ne prirent pas fin avec l'installation forcée des Indiens dans les réserves, lesquelles étaient, par essence, des camps de prisonniers de guerre."
 

"Alors que Joe et moi sommes en ville, un policier de Candem surnommé "Fat Face" et plusieurs de ses collègues sont reconnus coupables par le grand jury du tribunal fédéral, d'avoir glissé en douce de la drogue dans les poches de suspects, d'avoir obtenu des informations de prostituées contre de la drogue, d'avoir falsifié des rapports de police, d'avoir frappé des suspects, et enfin d'avoir effectué des fouilles corporelles sans mandat." J'ai adoré ce passage qui m'a rappelé la série Shield, une série chère à mon coeur.
 

"Cette connivence entre les sphères politique et économique fait qu'Etats et gouvernement fédéral sont contrôlés par l'élite du grand patronat."
 

"... mais les enfants d'hier n'avaient pas conscience d'être dans la misère. ... Un gamin de 17 ans regarde la télé et se dit : Eux, ils ont tout alors que moi, je n'ai rien. ... Cette frustration peut se transformer à tout moment en une colère incontrôlable. ... Le matraquage publicitaire y est pour beaucoup. ...."
 

"Vous êtes tous au courant pour les attentats du World Trade Center, pas vrai ? Tout le monde sait qu'ils ont fait 3000 morts. Mais est-ce que vous savez qu'à cause des particules de charbon 24000 personnes meurent tous les ans dans notre pays ? C'est huit fois plus que le World Trade Center et personne n'en parle. 640000 bébés naissent prématurés ou avec des malformations chaque année et y'en a pas un qui bouge le p'tit doigt ! Faire du fric, c'est plus important que la santé des gens."
 

"L'orgueil démesuré dont fait preuve l'espèce humaine en pillant sans cesse les ressources naturelles et en refusant obstinément de prendre en compte les signaux envoyés par la planète causera notre perte à tous."
 

"Une lutte peut être morale, physique, ou les deux à la fois, mais elle doit exister. Les puissants ne concèdent rien sans qu'on l'exige. Ils ne l'ont jamais fait et ne le feront jamais. Trouvez la limite de ce que tout peuple peut endurer sans rien dire, et vous prendrez la mesure exacte des injustices et des maux que vous pourrez lui imposer sans qu'il vous résiste par le verbe et le poing, voire les deux. Les limites des tyrans sont fixées à l'aune de l'endurance de ceux qu'ils oppriment."
 

"Dans une production industrielle globalisée, le facteur déterminant est la pauvreté. Plus le travailleur et les pays sont pauvres, plus grande est la compétitivité des entreprises. Celles-ci, en ayant accès à d'immenses réserves de travailleurs désespérés et misérables, ne sont plus génées par les  syndicats ou des réglementations restrictives. Elles peuvent à loisir assouvir leur quête effrénée de profits et, quand elles n'ont plus besoin de cette main d'oeuvre, s'en débarrasser en l'abandonnant à son triste sort."
 

"S'ils sont chez nous, ce n'est pas par goût de l'aventure. Mais parceque dans leur pays, des patrons profitent qu'ils soient pauvres pour les forcer à travailler comme des bêtes de somme. Voilà pourquoi ils quittent leur patrie."
 

"Allez voter à nos élections truquées, où c'est chaque fois Goldman Sachs qui gagne. Envoyez vos jeunes se battre et mourir dans des guerres inutiles et perdues d'avance, mais qui rapportent très gros aux industriels de l'armement. Restez muets lorsque nos législateurs suppriment un à un les services publics fondamentaux. Laissez faire les criminels de Wall Street : vous payerez plus tard à leur place."
 

"Elles (les grandes entreprises) n'oeuvrent pas pour le bien du pays : Le capitalisme n'a pas de patrie."
 

"... : la gigantesque bureaucratie sécuritaire mise en place au nom de la guerre contre le terrorisme est l'instrument dont se servira l'Etat pour nous soumettre. ... L'Etat peut désormais refuser à des citoyens américains soupçonnés "d'activités terroristes" le droit à un procès équitable. Il les remet à l'armée qui les garde prisonniers indéfiniment, sans chef d'inculpation précis et sans l'assistance d'un avocat." (Il s'agit de la NDAA : National Defense Authorization Act) D'après, ce qui est écrit, elle pourrait faire l'objet "de dérive" en cas de révolte afin de mater les mutins car elle a été voté 10 ans après le début de la guerre contre le terrorisme.
 

"La première semaine, des flics sont entrés dans le camp et ont lancé des gaz lacrymogènes sur des femmes enceintes, raconte Ketchup. Ils espéraient sans doute provoquer une émeute. Bien sûr, nous n'avons pas bougé. Réprimer une émeute, c'est dans leur corde. Mais face à des manifestants non violents équipés d'appareils photo, ils sont complètement perdus."
 

"La culture d'entreprise est au service d'un système sans visage. ... un gouvernement qui n'est exercé par personne, et qui, pour cette même raison, est probablement la forme de gouvernance la plus inhumaine et la plus cruelle qui soit."(Hannah Arendt)
 

La terre de ce pays souffre aujourd'hui. Il y a aussi les délocalisations vers des pays, où la main d'oeuvre est surrexploitée (si vous saviez comment vos Iphones et vos Ipads sont fabriqués, vous réfléchiriez peut-être avant de les acheter). La désertification des villes, le nombre de SDF toujours croissant, l'esclavage moderne, la drogue et bien d'autres encore, un maximum de thèmes y passent. Les auteurs pensent qu'une révolte pourrait bien naître. Si certains convoitent le rêve américain, cette BD pourrait bien les dissuader de faire le voyage... En quelques siècles, la situation écologique de ce pays s'est considérablement dégradé. Des contrées entières ont été dévasté suite à des déforestations, des recherches de charbon ou de gaz. La question est : Combien de temps cette terre pourra-t-elle encaisser l'exploitation infernale de ses ressources ? On en vient à se demander ce que "le nouveau monde" aurait pu devenir s'il était rester entre les mains des Indiens...
 

Conclusion : Il vous faudra de nombreuses heures pour en venir à bout mais nul doute que vous dévorerez cet ouvrage. Sachez que si cette année vous ne vous êtes pas penché sur les sorties du côté de Futuropolis, vous avez raté un bon nombre de bd d'un grand acabit ! 
Tout comme Un printemps à Tchernobyl, Jour de destruction, Jour de révolte est un témoignage.
Jour de destruction, Jour de révolte est passionnant et sans conteste indispensable ! Un prix devrait se profiler à l'horizon à mon avis. Après l'avoir lu, vous regarderez l'Amérique différemment.

samedi 16 juin 2012

LE JOUR OU...

France info 25 ans d'actualités

Publié en juin 2012 par les éditions Futuropolis dans un grand format cartonné en couleurs et en noir et blanc, Le jour où... est une bande dessinée franco-belge qui contient plus de 260 pages et qui est entre les mains de 37 auteurs.
Ces derniers traiteront un événement qui les auront marqué au cours de ces 25 dernières années. Vous trouverez donc 27 récits (ou illustrations, ou photos) plus ou moins courts.

Parmi les artistes que vous pouvez trouver dans cette BD, vous avez : Joe Sacco (Reportages), Blutch (La beauté), Jen-Denis Pendanx (Svoboda !), Denis Lapière (Page noire), David Prudhomme (La traversée du Louvre), Emmanuel Moynot (Pierre Goldman, la vie d'un autre), etc...
La BD est construite de la manière suivante :
- Présentation d'un fait d'actualité compris entre février 1989 et mai 2012,
- Présentation du ou des artiste(s) qui a (ont) réalisé la courte histoire ou les illustrations, ou les photos qui suivront dans la foulée.

Quand un événement marquant fait la une de l'actualité, on se souvient plus facilement de ce que l'on faisait le jour là ! C'est la-dessus que les auteurs vont jouer. Les récits sont inégaux, c'est inévitable, néanmoins certains m'ont vraiment interpellé : La libération d'Ingrid Betancourt, La libération de Florence Aubenas, Le Tsunami, etc...
Si vous faîtes les festivals de BD, vous pourriez avec Le jour où... obtenir dessins et signatures de nombreux artistes dans le même ouvrage. Personnellement, j'adore cela !

Quelques images :




vendredi 18 novembre 2011

REPORTAGES

Publié dans un format normal cartonné en noir et blanc et en couleurs par les éditions Futuropolis en novembre 2011, Reportages est le travail journalistique de Joe Sacco. L'auteur met lui-même en images ses récits.
Sachez qu'une fois ceux-ci terminés, vous avez droit à la fin de chacun à des notes qui éclaireront votre lanterne sur la manière dont les événements se sont passés. En effet, parfois, pour diverses raisons, certaines choses ne pouvaient être insérés à l'époque dans les diverses revues ou journaux américains (et français) qui commandaient ses enquêtes.
Aux States, Joe est un auteur underground. Tout comme Harvey Pékar, Robert Crumb et quelques autres encore, Sacco à la particularité de s'inclure et donc de se dessiner dans ses histoires. De par chez nous, si la lecture de Reportages vous donne envie de lire plus de bande dessinées qu'il a réalisé, sachez qu'il en existe 11 à l'heure actuelle (Gaza 1956, Le jour où..., Palestine, etc...). Avant d'entamer l'ouvrage, vous avez droit à 4 pages où Sacco vous parle de la vision qu'il a de son travail et de la façon dont il est perçut. C'est un passage très intéressant.

Plusieurs histoires vraies issus de témoignages sur le terrain composent cette BD de qualité :
- Crimes de guerre : Sacco assiste à un procès au tribunal international de La Haye aux Pays-Bas.
- Palestine : Ici est abordé ce qui se passe à Hébron, ville de Cisjordanie. Il y a les points de vue des palestiniens et des israéliens.
- Caucase : La guerre de Tchétchénie et les conditions de vie des "Personnes Déplacées à l'Intérieur" vue par des femmes interviéwées.
- Irak : Sacco est sur le terrain pour assister à des opérations visant à attraper des terroristes sur les voies routières. Puis, il observe la "formation express" de soldats irakiens. Enfin, il finit par un entretien avec un arabe et un kurde qui ont été torturé par des soldats américains.
- Immigration africaine : Joe va à Malte pour savoir comment s'y passe l'afflux d'immigrés, comment le gouvernement de cette petite île gère cela.
- Inde : On découvre dans ces pages la misère qui sévit chez les paysans en Inde, on y apprend également qu'il existe des castes...

Traduction : Sidonie Van den Dries. La partie "Immigration africaine " est prise en charge par Olivier Ragasol / Courrier International.

La phrase qui m'a plut :
En parlant de la Yougoslavie : "Pendant des années, on a contemplé la boucherie de nos salons. Maintenant que c'est fini, on enfile des robes (pour juger) et on se décide enfin à agir. Parler de génocide après coup est moins risqué que d'intervenir pour l'empêcher."

Reportages contient des témoignages éprouvant, dévoilant des vérités qui ne passent pas toujours aux informations. Reportages, c'est instructif et à désespérer du genre humain. Mon avis ? Indispensable !